Dans la foule abusée
J'ai vu des curieux
Bâiller à l'Élysée
Comme des bienheureux.
Le beau monde ne fut plus qu'à Frascati et dans l'allée du boulevart qui est encore en vogue aujourd'hui, et que l'on nommait dans le temps l'allée de Coblentz.
Les concerts de la rue de Cléry se donnaient le matin; ils eurent une grande vogue, ainsi que ceux du théâtre Feydeau, qui étaient publics. Les billets se payaient six francs à toutes places, encore fallait-il s'y prendre du matin pour en avoir de bonnes; les trois rangs de loges étaient loués. La salle était resplendissante de lumière, et les toilettes des femmes de la plus grande élégance.
Lorsque le parterre, qui était composé d'hommes, s'ennuyait d'attendre, il examinait les dames, et les accueillait à leur entrée par un murmure flatteur ou improbateur.
C'était à l'époque la plus brillante de Garat; ses succès étaient d'autant plus grands, qu'il avait failli être une des victimes de la terreur. Il avait été dénoncé et arrêté, mais grâce à son talent il s'était heureusement tiré de ce mauvais pas.
C'était à l'occasion de cette aventure qu'il avait composé sa romance du Troubadour en prison, qu'il chantait d'une manière charmante. On lui demandait toujours cette romance à la fin du concert.
Vous qui savez ce qu'on endure
Loin de l'objet de son amour,
Oyez la piteuse aventure
D'un infortuné troubadour.
En butte à notre calomnie,
Bien qu'innocent, est arrêté;
Il a perdu sa douce amie
Son talent et sa liberté.
Le troubadour, dans son enfance,
Douces chansons d'amour chantait,
Et quand ce vint l'adolescence,
L'amour à son tour il faisait;
Fut toujours heureux dans sa vie,
Pourvu que sa belle il chantât;
Las! chanter, aimer son amie,
Ce ne sont là crimes d'état.
Quand il vit contre sa patrie
S'armer de méchants étrangers,
Le troubadour quitta sa mie
Pour chanter chansons aux guerriers.
Mais vieux troubadour, par envie,
Du juge a surpris l'équité,
Et la liberté fut ravie,
À qui chantait la liberté.
Garat se mettait de la manière la plus recherchée; il exagérait les modes des dandys d'alors, prononçait les mots à moitié, disait: «ma paole d'honneur, c'est incoyable,» et portait un habit bleu barbot. Il était extrêmement laid, et semblait prendre plaisir à se rendre ridicule; mais lorsqu'il chantait: