À une dame de quarante ans fort occupée de ses atours, ce couplet de Jadis et Aujourd'hui:
J'avais mis mon petit chapeau,
Ma robe de crêpe amarante,
Mon châle et mes souliers ponceau;
Ma tournure était ravissante.
Eh bien! les dames du pays
Ont critiqué cette toilette,
Et pourtant j'en ai fait l'emplette
Au Palais-Royal à Paris.
Enfin, à un émigré, le dandy des salons, cette parodie de l'air des Visitandines:
Enfant chéri des dames.
Des feux toujours nouveaux
Brûlent pour nous les femmes
Du pont des Maréchaux.[29]
Cette mascarade eut un grand succès, et pendant qu'on s'occupait à relire les strophes, nous nous échappâmes pour aller changer de costume.
À minuit, ceux qui avaient un masque sur le visage l'ôtèrent et l'on s'embrassa cordialement en se disant: il faut espérer que cette année sera aussi heureuse; que nous nous trouverons tous réunis à la même époque, etc.
Lorsque je rentrai chez moi, il était presque jour; je restai pensive à réfléchir sur cette année 1812 qui commençait. Rien ne pouvait encore faire présager les malheurs qui nous attendaient! Nous étions gais, heureux en nous quittant. Je ne sais pourquoi, mais en trouvant sous ma main un album dans lequel j'avais l'habitude de jeter mes pensées sans ordre, à l'aventure, j'écrivis presque machinalement:
«Pourquoi donc cette année 1812 m'occupe-t-elle plus que celles qui l'on
précédée? Pourquoi éprouvai-je le besoin de la fixer dans ma mémoire.»
Puis, j'ajoutais plus bas: «Il faut peu compter sur la durée du bonheur!
Nous verrons bien! à 1813!»
À la fin de cette année, la plus grande partie de ceux avec lesquels nous l'avions commencée, n'existaient plus!…