—Eh bien, monsieur, puisque vous le prenez sur ce ton, je vous préviens que je ne la quitterai pas, à moins que vous ne m'en fassiez emporter par vos soldats: ce sera un bel exploit!
Il sortit en murmurant des paroles que je n'entendis pas. J'étais furieuse. J'envoyai la femme du concierge m'allumer une bougie. Elle prit un flambeau, et rentra bientôt après en me disant qu'on venait de le lui arracher des mains. Je montai au premier et rencontrai ce bon général Curial, que je ne connaissais pas alors, le meilleur des hommes, mais d'un sang-froid désespérant.
—C'est donc un pillage, lui dis-je, général! Comment, un de vos officiers vient chez moi pour me mettre à la porte; on enlève un flambeau dans les mains de ma femme de chambre…
—On va vous le rendre, madame; quant à votre appartement, comme je n'ai pas de quoi loger tout mon monde, je suis forcé de le garder; mais rien ne vous oblige à le quitter aujourd'hui: on vous donnera le temps d'en chercher un autre.
—Ah! je vous assure, général, que ce sera le plus tôt possible, et que je n'ai pas envie de rester ici.
M. le capitaine L…, le fils du sénateur, qui était aide-de-camp du général Curial, m'accompagna chez moi avec un flambeau et me laissa en me saluant avec une extrême politesse. Sa famille m'a comblée de bontés et m'a témoigné le plus vif intérêt à mon retour en France.
Une demi-heure après, ce même officier revint et me dit que le général me priait de lui faire l'honneur de dîner avec lui. J'avais bien envie de refuser, mais je pensai qu'il était prudent de ne pas me mettre trop en hostilité avec ces officiers, et j'acceptai. M. L…, ayant vu une guitare chez moi, me dit:
—Ah! madame est musicienne?
—Je chante l'opéra, lui répondis-je.
—On nous a fait espérer que nous aurions le plaisir de vous entendre.