Je me rappelai que j'avais lu dans quelques papiers publics que les
Danois se battaient pour la France.
Allons, pensai-je, ceux-là nous laisseront peut-être passer. Je traverse le pont, et je crie à la sentinelle que je veux, parler au commandant. Il entend que je suis la femme d'un commandant; on fait avertir celui de la ville, qui s'empresse d'accourir et de m'ouvrir une petite porte.
—Parlez-vous français? lui dis-je, monsieur le commandant? Ein petite pé… Eh bien! monsieur, je suis dans le plus grand embarras. Hier au soir, la voiture publique nous a déposés dans le faubourg, sans que nous ayons pu en deviner la raison.
—Ah! me dit-il, c'est que nous nous battions contre les Cosaques. Nous sommes entrés dans la ville; mais nous ne pourrons pas la garder, si l'on ne nous envoie du renfort, car nous ne sommes que cent vingt hommes. Vous êtes bien heureuse que les Cosaques ne soient pas venus vous visiter dans le faubourg; ils sont assez nombreux et parcourent les environs.
Si j'avais su cela, j'aurais passé la nuit moins tranquillement encore.
—Mais, monsieur le commandant, que vais-je faire? Comment me rendre à
Lubeck?
—Entrez dans la ville; nous vous emmènerons avec nous.
—Vous êtes bien bon!
Mais je pensais qu'il pouvait fort bien être pris lui-même; que tout au moins il n'y retournerait qu'en battant en retraite, puisque, comme il l'avait dit, ils n'étaient pas nombreux, et que je ne serais pas en sûreté au milieu d'eux. Je ne pouvais cependant pas trop lui communiquer mes craintes, cela n'eût pas été poli. J'avais bien mes passeports russes et suédois, mais à quoi cela pouvait-il me servir avec des soldats qui ne savaient pas lire? C'est ce que les officiers russes m'avaient fait observer eux-mêmes. Il n'y avait cependant pas à balancer, puisqu'après leur départ, en restant dans la ville, j'éprouvais le même inconvénient.
—Mais, monsieur le commandant, lui dis-je, j'ai laissé dans le faubourg mes effets et un compagnon de voyage, je ne voulais cependant pas, malgré son peu d'amabilité, le laisser dans un tel embarras.