—Allez les chercher; mais je ne vous réponds pas que vous puissiez revenir en sûreté; car, je vous le répète, les Cosaques sont tout autour d'ici. Je ne puis vous donner qu'un homme avec une brouette pour porter votre malle.

J'acceptai.

—Eh bien! allez! que Dieu vous conduise à bon port.

Je me mis à courir de toutes mes forces. Arrivée à cette jolie auberge, je trouvai mon compagnon de voyage déclamant le récit de Théramène. Je lui dis tout hors d'haleine:

—Les Danois sont dans la ville, les Cosaques sont autour des faubourgs. Voilà un homme avec une brouette; faites mettre dessus vos effets et les miens, et pressez-vous, si vous pouvez. Quant à moi, je retourne dans la ville; j'aime mieux perdre mes effets que de me perdre avec eux.

Je repris ma course; je rentrai par la petite porte, que l'on referma sur moi, et nous restâmes là pour attendre ce voyageur, qui arriva cependant sans accident.

—Ah! ça, me dit le commandant, si, dans une heure, je n'ai pas reçu de renfort, nous partons. Apprêtez-vous, si vous voulez nous suivre.

—Moi, je suis toute prête; mais comment partir? je n'ai pas de voiture.

—Ah! je n'y avais pas pensé; je n'en ai pas non plus. Attendez, je vais m'informer.

Il mit une charrette en réquisition (c'est ainsi que cela se fait à l'armée); il y fit placer beaucoup de foin, tous nos équipages. Il y avait un banc avec un coussin pour moi. Le commandant me demanda très-poliment la permission d'y placer deux officiers blessés; il me présenta la main pour monter en voiture avec autant de cérémonie que si c'eût été dans un char brillant.