—Vous n'aurez pas peur? me dit-il.

J'étais tentée de lui répondre à mon tour ein petite pé; je me repris cependant et lui dit:

—Oh! non, d'une voix un peu émue.

Je n'avais pas alors ce découragement qui m'avait tant de fois fait faire abnégation de ma vie. Je me trouvais au port, prête à revoir ma famille et mes amis. Il eût été dur d'y périr après avoir échappé à tant d'autres dangers. Allons, me disais-je, me voilà donc encore une fois avec une retraite; c'est une fatalité!

Il était trois heures après midi; le temps était superbe. En sortant de la ville, le commandant mit deux hussards de chaque côté de ma voiture.

C'est per lé sauve-garde, me dit-il en portant la main à son kolback.

Tous les habitans étaient sur notre passage, et me regardaient avec compassion. J'avais cependant l'air de Clytemnestre sur son char, entourée de ses soldats.

J'entendis quelques coups de fusil tirés dans le bois par les voltigeurs; mais rien de plus, et j'en fus quitte pour la peur.

J'arrivai le soir à Lubeck. Mon très-aimable commandant poussa la bonté jusqu'à faire chercher un appartement dans la meilleure auberge, et ne me quitta qu'après m'y avoir mise en sûreté. Je fus heureuse d'avoir rencontré ce brave officier; car, sans lui, je ne sais trop ce que je serais devenue.

Vingt ans plus tard, en 1833, je fis un nouveau voyage en Suède. Je passai par Berlin, où j'avais affaire. Je comptais m'embarquer à Lubeck. Je partis donc dans un extra-poste. J'avais pour compagnon de voyage un bon Allemand qui allait à Saint-Pétersbourg, ainsi que moi. Il parlait peu français, et notre conversation fut assez stérile. Aussi s'endormit-il profondément.