J'avais été le dimanche à l'église catholique, comme j'arrivai avant que le service ne fût commencé, il y avait peu de monde, et je fus me placer sur un banc près de l'autel. Ayant remarqué sur le prie-dieu des livres d'heures, je les écartai pour y poser aussi le mien. À peine étais-je établie, que le curé vint me saluer et causer avec moi.
—Madame est étrangère?
—Oui, monsieur l'abbé.
—Et de notre communion? C'est toujours avec un grand plaisir que nous voyons s'augmenter le nombre de nos fidèles. Mais c'est un grand malheur pour notre église, ajouta-t-il tristement, de ne pouvoir plus compter dans son sein un prince tel que le prince royal.
Je pensai tout bas qu'il avait cette ressemblance avec Henri IV.
Je laissai ce bon prêtre exprimer ses regrets, et ne répondis qu'aux éloges qu'il faisait de Son Altesse.
—Nous devons être fiers, lai dis-je, qu'un prince de notre nation ait su captiver l'amour d'un peuple tel que les Suédois, pour lequel il n'est plus un étranger.
Il me quitta pour aller remplir son ministère, et bientôt la petite église se trouva remplie. Personne cependant n'était encore venu occuper le banc où je me trouvais. Je m'aperçus qu'on me regardait avec une curiosité que j'attribuais à ma qualité d'étrangère. Bientôt après vinrent se placer près de moi une dame et deux demoiselles, qui me saluèrent avec une extrême politesse, ce que je leur rendis de la même manière, avec ce naturel que l'on a toujours lorsqu'on ne se doute pas qu'il y ait rien d'extraordinaire dans la position où l'on se trouve, et que l'on a affaire à des personnes, assez bien nées pour ne pas vous en faire apercevoir. Je restai donc dans une profonde sécurité jusqu'à la fin de l'office. Ces dames me saluèrent aussi poliment en sortant que lorsqu'elles étaient entrées, et je laissai partir la foule.
Mme d'Aiguillon, que je n'avais point aperçue, vint à moi en me faisant de grandes exclamations.
—Ah! mon Dieu! ma chère, me dit-elle, vous m'avez tenue dans un grand émoi pendant tout le service.