Le plus vieux, alors, s’avança:

—Mâme Carmin, c’est... c’est M’sieu Laurent qu’est r’venu!

Il se dépêcha de finir, effrayé par le visage tendu vers lui:

—Il est r’venu, c’te nuit, tout probable. Et il s’est installé dans le manoir, avec une bande de garçons, et aussi des créatures de ville, Mâme Carmin... Ils ont trois autos dans la cour. Et la vie qu’ils font là n’dans, c’est un carnaval comme y n’ s’en est jamais vu! On entend l’ bastringue jusqu’à mi-route!

Il n’en dit pas plus long. Car la malheureuse, avec des cris aigus, courait déjà vers le château.

*
* *

Ce fut l’abbé Lost, comme toujours, qui se chargea d’aller trouver Laurent. Dans ce manoir où il scandalisait tout le pays, ce manoir qu’il avait pris d’assaut, où il avait dû entrer par effraction pour s’y installer avec ses amis, il s’agissait d’être reçu d’abord, ensuite de convaincre Laurent qu’il était impossible qu’il restât là, si près du château de sa mère, en compagnie des personnes inavouables qu’on avait vu passer, extravagantes et fardées, dans les rues du village.

Le temps que dura l’absence du curé—deux heures environ—sembla mortellement long à la mère suppliciée, plus long encore à l’oncle Jacques, avide de nouvelles.

Tous deux étaient au petit salon quand l’abbé Lost revint, au trot doux de la victoria. Levés d’un bond, ils coururent à lui. Mais, sans attendre un mot, le prêtre, tombant assis sur un fauteuil:

—Je suis outré, Madame! Je suis absolument outré!... Vous croyez peut-être que j’ai vu Laurent?... Pas du tout! Il m’a fait recevoir par des filles perdues et des voyous de la dernière espèce. Ils ont osé m’insulter, malgré ma robe. Ils ont...