—Eh bien! C’est l’histoire de notre famille.

Il se pencha, chercha fiévreusement, ses yeux myopes tout près des papiers.

Laurent piétinait. Il avait quelque chose à dire, qui voulait sortir, qui ne pouvait pas attendre. Mais il savait que le moment n’était pas encore propice. Et il souffrait, de tout son être impatient, péremptoire.

—Je suis presque sûr, maintenant, continuait Jacques de Bonnevie, presque sûr d’avoir retrouvé les traces de notre premier ancêtre. Il y a de ces coïncidences qui ne peuvent pas être du hasard...

C’était sa passion à lui. Toute sa personne frémissait. Pour la première fois, quelqu’un de la famille venait à lui, consentait à l’écouter. Et c’était justement le plus intéressant, Laurent, l’enfant, celui qui pouvait devenir le disciple. Depuis vingt ans, les siens le considéraient comme un maniaque ennuyeux dont on n’entend même plus les propos.

—Ecoute... Je vais te retrouver le livre, où, pour la première fois, il y a quinze ans, j’ai découvert, je crois, l’origine de notre nom... Tu vas juger toi-même... C’est presque une certitude... C’est... oui!... oui!... C’est une certitude! J’ai d’autres documents, tu vas voir... Qu’est-ce que tu fais?... Ah! oui!... les images!... Tu regardes mes gravures?... On vient de me les envoyer. Mais ce n’est pas intéressant. Il y en a une que je cherche...

Il secoua la tête d’un air agacé.

—Ils ont bêtes, tous ces libraires! Il va falloir, un de ce jours, que je fasse le voyage... que j’aille voir moi-même les musées... Il n’y a pas moyen!...

Brusquement, il se tourna tout entier vers l’enfant. Et, comme si c’eût été le préambule de toute une conférence:

—C’est dommage que tu ne saches pas l’italien. Mais j’ai mes traductions.