—Imbéciles!
Il se leva, prit dans ses mains la tête toute frisée qui résistait d’instinct, ne parvenait pas à se laisser faire.
—Tu aimerais connaître notre histoire?
Un essai de complaisance passa sur le visage rebiffé du petit.
D’enthousiasme, le vieux garçon, pour se frotter les mains, lâcha la tête qu’il tenait.
—Laurent, tu sais comment nous nous appelons, en réalité?
Ses yeux se fermèrent. Il y avait quinze ans qu’il le ressassait à des moqueurs qui ne l’écoutaient pas.
—Ecoute bien! Notre premier ancêtre était moine au couvent des Carmes, en Italie. C’était à une époque que je t’expliquerai plus tard. Un beau jour, il sort de son couvent, décidé, comme on dit maintenant, à vivre sa vie. Quelle vie!... Je te raconterai. Tu ne saisis pas encore?... Un surnom lui reste: Carmine. Maintenant, voici autre chose. Il y a, dans l’histoire des Grandes Compagnies, un fameux Buonavita, ainsi nommé par ironie... Passons! Eh bien!... Moi je suis à peu près sûr, à présent, que Carmine et Buonavita ne sont qu’un seul et même personnage. Comprends-tu, maintenant? Comprends-tu?... Carmine Buonavita, c’est notre nom: Carmin de Bonnevie!
Se rasseyant, le front en sueur, il attira l’enfant contre lui.