—Voilà une heure que j’appelle dehors!... jeta-t-il. Personne ne me répond. J’ai soif! Donne-moi à boire!

—Voulez-vous sortir d’ici?... trépignait la fille, réfugiée debout sur une chaise. A-t-on idée d’un bastringue pareil! Le cheval dans ma cuisine, à c’t’ heure! Vous allez ruiner mon carreau! Vous me faites tourner les sangs!

—A boire!... répéta Laurent.

Et, tout à coup:

—Si tu ne me donnes pas un verre d’eau tout de suite, je fais ruer le poney dans tes casseroles, dans ton fourneau, dans ta figure, dans tout!

Il violentait la bouche du cheval, qui se mit à reculer en biais, la tête haute, l’œil injecté.

Tremblante, Clémentine comprit qu’il fallait céder, à moins de malheurs. Elle descendit de sa chaise, alla chercher un verre, le remplit avec la carafe; et prenant toutes sortes de précautions pour approcher du cheval qui piaffait, cramoisie de terreur, elle tendit le verre au petit.

Mais, tandis qu’il buvait d’une seule lampée, secoué, renversant l’eau sur ses habits:

—Je le dirai à Madame!... cria-t-elle avec indignation, je le dirai à Madame!...

Il avait fini de boire. Sa bouche trop rouge luisait, mouillée. Sans un mot, froidement, terriblement, il leva le verre vide au-dessus de sa tête frisée; et, de toutes ses forces, de toute son adresse, il l’envoya dans la figure de la fille. Puis, sans se retourner, d’un seul bond de sa bête cravachée, il sortit de la cuisine et disparut à travers le parc, ventre à terre.