Elle entendait, sans les écouter, passer ces noms. En quoi tout cela pouvait lui importer? Que venaient faire, au milieu de son angoisse maternelle, ces rengaines de vieux maniaque?

Absorbée sur sa couture, absente: «Laurent!... Laurent!...» se répétait-elle. Et rien d’autre ne pouvait occuper son cerveau supplicié.

Le cinquième soir, l’oncle Jacques s’assit dans le fauteuil de tapisserie avec plus de solennité que de coutume.

Sur un bout de la table à ouvrage, ses papiers étaient étalés, voisinant les étoffes de sa sœur, les bobines, la corbeille, les petites boîtes, les ciseaux. L’unique lampe qui les éclairait, basse, abattait sur leurs mains un rond de lumière verte. Leurs têtes restaient dans l’ombre, et aussi tout le reste du salon, avec ses meubles et ses bibelots jetant quelques lueurs. Et le silence était immense autour d’eux, immense comme la campagne normande qui les entourait, endormie. Les servantes étaient couchées. Rien ne semblait vivre dans ce château trop grand, humide, où tant de pièces inutiles restaient vides depuis des années.

—Ce soir, commença Jacques de Bonnevie, nous abordons le point culminant de mon histoire, celui qui m’intéresse le plus. Je t’ai souvent dit que je croyais avoir trouvé, dans mes documents, l’origine même de notre nom...

Elle ne releva même pas sa tête lasse, courbée sur la couture.

—Oui... oui... dit-elle d’une voix morne.

Il y avait quinze ans qu’elle lui répondait cela sur le même ton: «Oui... Oui...» C’est ce qu’on dit aux enfants godiches ou bien aux fous.

Et Jacques de Bonnevie, à la fois têtu, naïf et désolé, se mit à lire, tout soupirant.

Puis, peu à peu, repris par son dada, la voix vibrante: