... Et lorsqu’il fut entré à cheval dans la chapelle, il ordonna au chapelain de lui verser dans le calice le vin qu’on réservait pour la messe, et de lui donner à boire. Et il était si terrible que le chapelain eut peur et lui donna ce qu’il demandait. Mais, tandis qu’il buvait: «J’en appelle à Dieu, dit le prêtre, et lui demande de punir ton forfait!» Mais il ne le répéta pas deux fois, car, ayant achevé de vider le calice, Carmine, s’en servant comme d’une arme, en frappa la tête du chapelain, qui, le crâne brisé, tomba sur les dalles. Et Carmine, mettant son cheval au galop, disparut comme il était venu, sans se retourner pour regarder sa victime.
La couture, cette fois, était tombée sur les genoux. Mᵐᵉ Carmin, le cou tendu, s’était tournée vers son frère. Comme il continuait à lire, le nez dans ses pages:
—Veux-tu me recommencer ce passage, Jacques?... demanda-t-elle d’une voix singulière.
De stupeur il faillit jeter ses papiers à terre. Elle l’écoutait donc? Elle s’intéressait donc à sa lecture?
Il se mit à trembler, car sa joie était trop forte. Ses yeux myopes cherchèrent sur les pages dérangées. Enfin, il trouva, recommença, d’une voix qu’altérait son innocent triomphe:
... Et lorsqu’il fut entré à cheval dans la chapelle...
Penché tout contre ses pages, sous l’abat-jour vert, il ne sentait pas le frisson qui passait, il ne voyait pas quels yeux étaient dardés sur lui, quel visage pétrifié, visionnaire, se tendait vers le sien, dans l’ombre.
VIII
UNE LETTRE
Le Père Chagnais à Mᵐᵉ Carmin de Bonnevie.
Madame,