Elle ne le reconnaissait pas. Grandi, grossi, son visage bouffi d’enfant qui, depuis sept mois, reste enfermé, ne ressemblait plus à ce qu’elle avait laissé derrière elle. Les cheveux coupés ras, le teint jaune, boudiné dans son uniforme, il était presque laid.
Pendant une seconde, elle hésita, la bouche ouverte de stupéfaction. Mais comme il relevait ses paupières, elle reconnut son regard plutôt que ses yeux.
Tout entier elle le retrouvait dans ce regard, effroyablement. Il disait, ce regard plein de phosphore: «C’est toi?... Qu’est-ce que tu viens faire ici, dans ma géhenne?...» Il disait: «Va-t-en! Tu m’as trahi! Je te hais! Va-t-en!»
Ce ne fut que l’instant d’un éclair. Il baissa cela, rapidement, fixa le plancher et murmura:
—Bonjour, maman...
Elle s’était levée d’un bond. Et, se jetant sur lui, le pressant contre elle, l’embrassant:
—Laurent!... Laurent!...
Il se laissait faire, inerte. Elle le prit aux épaules pour le regarder, cherchant ses yeux. Mais il continuait à baisser les paupières.
—Laurent!... Laurent!... C’est toi?... C’est toi?...
—Mais oui, maman...