Il parlait presque bas, sans un geste, lui, le petit tourbillon. Correct, poli, froid, il avait l’air d’un désespéré. Qu’est-ce qu’ils lui avaient donc fait, dans cette maison, dans cette prison, pour lui donner une pareille attitude, pour lui donner ces yeux qui ne voulaient pas regarder en face?

Une révolte furieuse fit bondir le cœur de Mᵐᵉ de Bonnevie. Tout ce qu’elle avait si savamment, si péniblement refoulé depuis sept mois se fit jour en elle d’un seul coup, explosa dans un sanglot.

—Laurent!... Laurent!... Viens! Je te remmène avec moi! Je te reprends!... Tu es à moi, tu n’es pas à eux! Je vais aller leur dire!... Dans deux jours, tu feras ta malle!... Nous allons rentrer chez nous... Et jamais, jamais plus tu ne remettras les pieds ici!... Viens!... Viens!... C’est fini!... Viens!...

Elle sentit tressaillir sous ses doigts les deux épaules qu’elle tenait nerveusement. Mais il ne releva pas les yeux. Glaciale, sa petite voix assourdie répondit:

—Non, maman.

—Qu’est-ce que tu dis? s’écria-t-elle en reculant.

Alors il redressa la tête, jeta d’abord un coup d’œil sur les familles qui, dans le fond, bourdonnaient, sur la porte où deux messieurs hypocrites surveillaient de loin. Puis, revenant à sa mère, il lui planta tout droit dans les yeux son regard insoutenable. Avec un grand effort il retint l’éclat de sa voix trop haute, le geste de petit bouc de sa tête privée de ses boucles noires.

—Tu m’as mis là, maman..., dit-il avec une véhémence étouffée, eh ben! j’y reste! Je n’ai plus envie de retourner chez nous.

Puis il se tut. Le dessin de ses mâchoires formidables s’accentua dans sa grosse figure de petit garçon, sa bouche violente, hermétiquement serrée, parut s’amincir, son regard jeta des flammes.

Et son orgueil muet était si magnifique que la mère, à son tour, fut obligée de baisser les yeux.