Laurent a l’air de bien mordre à la mécano. Il est intelligent et débrouillard. Hier, il a conduit pour la première fois. Il n’aura peur de rien...
—Mon fils sous les ordres d’un ouvrier!... Mon fils apprenti!... Mon fils tout seul dans Paris, dans Paris!...
Mais elle sentait bien que rien d’autre n’eût été mieux pour cet enfant impossible, terrifiant, dont tout le monde avait peur. La vie, pour ce gamin-là, ne pouvait être qu’une série d’équilibres instables. «Tant que ça tiendra, ça tiendra!... disait le curé. C’est toujours ça de pris, après tout!»
Et comme trois mois venaient de passer sans rien apporter de fâcheux, la mère, une fois de plus, se prit à espérer.
«Je savais bien que mon fils ne pouvait pas mal tourner. Il arrive souvent que les enfants les plus difficiles deviennent des hommes très sérieux. Avec le travail et dans l’atmosphère qui lui plaît, en pleine liberté, il va se calmer peu à peu, se ranger, et tous ses terribles enfantillages—car ce n’étaient que des enfantillages—vont se transformer en fortes qualités. D’abord, Jacques me l’a dit lui-même un soir: mon fils est né pour de grandes choses. Loin de nous, loin de moi, il comprendra mieux. Il me pardonnera. Il m’aimera de nouveau... Il m’aimera, mon cher, cher petit!...»
Cependant l’oncle Jacques, sans le dire, attendait. Qu’attendait-il? Des événements. Des manifestations nouvelles. Des malheurs, pour tout dire. Sa dévorante curiosité s’impatientait. Le dernier des Buonavita finissant dans les automobiles, cela, pour lui, manquait d’allure.
Un matin des derniers jours d’octobre, un ronflement insolite, venu du bout du parc, étonna tout le château. Sans que personne eût eu le temps de se rendre compte d’où tombait cette nouveauté, devant le perron, pour le saisissement des servantes et de Mᵐᵉ Carmin accourues, une auto de course, dite dauphin, basse, découverte, effilée à l’arrière, fit son apparition dans les feuilles mortes, et s’arrêta; d’où sauta, souple et mince, un Laurent couvert de poussière, dont la tête, serrée dans un passe-montagne noir, était celle d’un petit guerrier du moyen-âge.
Il monta vivement les quelques marches, et dit d’un ton bref:
—Bonjour!...
Les filles firent entendre des exclamations, des rires. Mᵐᵉ Carmin, après une seconde d’hésitation, saisit le garçon aux épaules pour l’embrasser.