Devant elle, la ville est cachée à leurs regards par un rideau d'arbres plantés de l'autre côté de la rivière. Dans cette prairie fraîche, petite et entourée de haies élevées comme d'une couronne de verdure, on se croirait isolé du monde entier; le terrain, derrière le pré, se relève subitement pour former une colline couverte de bois. A droite seulement, une étroite échappée permet d'apercevoir une longue étendue de la vallée, à travers laquelle le Clain promène ses eaux entre deux rives vertes qui se perdent peu à peu dans un vague horizon doré de soleil. Au-dessus, les arbres, en rejoignant le feuillage léger de leurs cimes, découpent le bleu du ciel comme une dentelle.
- Folle! Robert ne songe plus à moi depuis bien longtemps. En revanche, ses graves regards s'arrêtent sans cesse sur une charmante petite personne de ma connaissance.
- Vous croyez?
Sarah questionne anxieusement Mme Tissier, avec l'espérance évidente d'avoir une réponse identique à celle de son coeur. Elle serait bien déçue s'il en était autrement.
- Certainement, je le crois. Mon cher cousin vous aimait autrefois comme une enfant; mais son amour a pris une autre forme à présent et il ne tient qu'à vous d'être heureuse.
Les yeux de Sarah rayonnent et leur éclat profond exprime la joie qu'elle éprouve en entendant ces paroles.
- Il est si sérieux!
Dites donc: Et si bon! si grand! si dévoué! reprend Anne en plaisantant. Vous le pensez, n'est-ce pas?
La jeune fille baisse la tête en rougissant. Mme Tissier l'embrasse avec affection et reprend:
- Allons, je vous taquine méchamment. Tout le monde pense comme vous à son sujet.