- Un mois? C'est long, il me semble.

- Elle a beaucoup de préparatifs à faire. Puis la démission de
M. Hilleret n'est pas acceptée.

- Il aimait sa carrière et doit regretter de l'abandonner.

- Sans doute! Mais il aura fort à faire. La fortune d'Anne est considérable et l'occupera. D'ailleurs, elle espère bien le voir prendre intérêt à ses bonnes oeuvres et l'y mette de moitié; or, vous savez si la vie de Mme Tissier est bien employée!

- Oui, pour ceux qui l'ont vue autrefois si frivole et si vaniteuse, elle est méconnaissable. C'est une véritable conversion!

- Tous ses anciens amis le disent aussi.

- Elle sera heureuse, j'espère.

- Elle la paraît déjà, et je crois la capitaine très bon.

- Il l'a toujours été.

Le silence se fait de nouveau entre les deux femmes. Evidemment, ni l'une ni l'autre n'a mis dans cette courte et banale conversation la pensée intime qui la rend sérieuse et occupe en ce moment son esprit. Chacune d'elles s'intéresse au bonheur de la jeune veuve et fait des voeux en sa faveur; mais l'idée même de ce bonheur a fait surgir un foule d'autres idées, sous l'empire desquelles elles paraissent plus graves qu'à l'ordinaire.