- Vous ressemblez à une princesse! dit Jacques en souriant et en la regardant avec admiration.
- Voyons les détails de cette toilette, reprit Madame Martelac en ajustant ses lunettes.
Anne se plaça devant elle et Jacques souleva complaisamment la lampe pour permettre à la vieille dame de satisfaire sa curiosité.
- Ce costume te va à ravir et me semble du meilleur goût, dit la mère de Robert. Jacques a raison, tu jouerais au naturel les rôles de princesses!
La jeune fille relevait fièrement sa belle tête couronnée de cheveux châtains, et une expression de vanité satisfaite parut sur sa physionomie et dans ses yeux bleus et brillants comme des saphirs. Ses lèvres, un peu dédaigneuses, s'épanouirent dans un sourire, et une nuance plus rosée, passant sur ses joues, leur donna un nouvel éclat. Blanche, mince et élancée, elle ressemblait à un grand lys, ou, comme le disaient sa tante et Jacques, à une jeune reine. N'avait-elle point, en effet, reçu en partage la fragile couronne de la beauté?
Quelques mois plus tôt, le jeune officier eût vu, dans l'étalage de cette beauté, une coquetterie puérile; mais il était devenu complaisant et se contenta de sourire.
- Je vais passer la soirée chez une de mes amies qui a du monde, dit Anne. Mon père doit m'y rejoindre; il était retardé par une affaire. Je me suis sauvée, ayant l'intention de m'arrêter en passant pour vous dire bonsoir.
- Assieds-toi un instant, dit sa tante.
- Oh! cinq minutes seulement. La voiture m'attend à la porte et doit retourner chercher mon père lorsqu'elle m'aura conduite chez mon amie.
Anne était venue chercher une satisfaction de vanité en se montrant ainsi parée; elle ne pouvait douter d'avoir réussi devant le regard admiratif du lieutenant. Cette rayonnante beauté dans tout son éclat avait soudain illuminé le petit appartement, dans lequel, avant son entrée, on n'entendait que le bruit du vent jetant la pluie contre les vitres et les rares paroles échangées entre la maîtresse de la maison et son visiteur.