- C'est vrai; mais je suis décidée à changer de position, et le plus tôt sera le mieux.
- Pourquoi tant vous presser?
- Parce que j'en ai assez de cette vie monotone! répond-elle avec un peu d'impatience.
Ses regards, fixés à travers la fenêtre près de laquelle elle est placée, se détournent de Robert. Evidemment, il y a, au fond de son âme, une résolution prise; mais il lui coûte de la faire connaître à son cousin.
Sans avoir une idée bien nette de sa conduite, un vague instinct lui dit qu'elle fait mal, et elle éprouve une certaine honte à exprimer avec une si triste franchise des sentiments que tant d'autres prennent beaucoup de peine à voiler d'apparences trompeuses. Il faut être bien inexpérimenté ou bien blasé pour faire, devant un de nos semblables, abstraction complète des sentiments généralement estimés autour de nous.
Toutefois, Anne prit son parti. Comme les gens timides, qui exagèrent l'audace quand une fois ils ont résolu d'aller en avant, elle tourna la tête vers son cousin, et, lorsque celui-ci lui dit presque humblement:
- Anne, vous n'avez donc aucune affection pour moi? Pourtant, il y a quelques années, vous sembliez m'aimer; l'avez-vous complètement oublié?
Elle eut un geste irrité.
- Je vous voyais sans cesse alors, dans l'intimité de la famille. Est-ce qu'une jeune fille n'a pas toujours quelque cousin qu'elle s'imagine aimer?
A cette dure repartie, Robert avait tressailli. Une flamme, traversant son regard, parut illuminer subitement la blessure faite à cette âme par les paroles d'Anne. Elle eut un instant de remords et dit sur un ton moins acerbe et comme une excuse: