- Rien que cela! s'écria-t-elle.
- Ce serait bien court si vous m'aimiez, et que cette attente dût aboutir au bonheur!
- Je languirais si longtemps dans l'ennui d'une vie de recluse! Car enfin, mon père a beau faire, il ne peut me donner les plaisirs coûteux, et il me faut compter avec sa modeste fortune.
- Un peu de patience, et je vous donnerai une vie plus en rapport avec vos goûts.
Anne secoua la tête avec incrédulité.
- Vous êtes trop raisonnable! dit-elle avec conviction. Et puis, cette fortune dont vous parlez peut vous faire défaut.
- Je travaillerai tant pour vous voir heureuse suivant vos désirs!
Elle hésita un instant, regardant son cousin en silence, et reprit tout à coup:
- Savez-vous, mon pauvre Robert, que j'ai là, sous la main, des millions qui m'attendent? Je n'ai qu'à dire oui pour en jouir.
Enfin, l'ambitieuse jeune fille dévoilait la vérité! C'étaient ces millions dont les scintillements aveuglaient sa vanité et lui faisaient dédaigner l'amour sérieux et fidèle du jeune homme.