- Celles-là, répond Marc, vous ne les donnez pas volontiers, il faut les prendre violemment. Quelle peine vous m'avez imposée la dernière fois, hein?

A ces paroles, le vieillard se met à trembler, et regarde avec terreur le grimaçant sourire de son fils.

- Rassurez-vous, mon bon père, dit celui-ci, je ne tiens pas à vous forcer. Vous vous exécuterez généreusement et de bonne volonté, j'en suis sûr.

Le ricanement dont sont accompagnées ces paroles augmente le tremblement qui a succédé chez Nicolas au premier accès de colère.

- Le ciel m'a pourvu d'un père riche d'économies. Car il n'y a pas à dire, la somme enlevée jadis à votre caisse ne représentait qu'une modeste partie de votre fortune, je le sais bien! Depuis, le reste a dû faire la boule de neige, et c'est pitié de voir le fils d'un richard comme vous courir le monde dans cet accoutrement! Vous devriez avoir honte de moi.

Il s'approchait davantage de la lampe, afin d'éclairer sa toilette en piteux état.

- Tu pouvais travailler, hasarda le marchand.

- Travailler? Moi! Allons donc! Quand vous avez de bonnes et belles rentes qui font de vous un Crésus! D'ailleurs, ajouta-t-il complaisamment, je suis un fils de famille et je ne me sens pas né pour le travail. C'est pourquoi l'auteur de mes jours doit se charger de fournir à mes dépenses et pourquoi j'ai de nouveau résolu d'avoir recours à lui.

Il paraît avec un audacieux cynisme qui faisait de plus en plus blêmir le visage de Nicolas.

- Dis ce que tu demandes, balbutia ce dernier.