- Voyez-vous! j'aime à vous voir ainsi; vous parlez doucement comme un bon père parle à son fils de retour après une longue absence. Songez donc! Onze ans passés depuis notre dernière entrevue! C'est navrant de rester séparés si longtemps. Il n'en sera plus ainsi, j'espère.
- Espères-tu revenir encore? dit le vieillard avec effroi.
J'aimerais mieux te dénoncer à la police.
- Oh! que non pas! Vous n'irez pas livrer votre fils; ce serait horrible! Et puis vous me causeriez une peine inutile. L'autre a fait son temps et il est revenu.
- Où est-il?
Marc haussa les épaules avec indifférence.
- Le sais-je? J'ai pris la peine de vous chercher et je suis parvenu à vous rencontrer, y trouvant un grand intérêt; mais lui? Je n'ai rien de bon à attendre de sa connaissance! Il est mort de faim, sans doute. C'est ce qu'il avait de mieux à faire. Ah! comme vous l'aimiez! Et ma pauvre soeur, quelle tendresse conjugale! C'est si touchant de voir une pareille union exister dans une famille!
Le misérable passa sur ses yeux, comme pour y essuyer des larmes, la manche déchirée et sale de sa blouse; puis, tout à coup; il se mit à éclater de rire.
- Ah! ah! Vous avez joliment débrouillé mon affaire! Avec quel aplomb vous avez affirmé l'avoir reconnu et comme vous avez bien su persuader à Marguerite qu'il était coupable! Elle ne demandait pas mieux, il est vrai, de s'en débarrasser, ma chère petite soeur. Et elle ignorait mon retour en France; sans cela, peut-être m'eût-elle soupçonné, car elle n'a jamais eu pour moi l'estime dont j'étais digne.
- Je me suis repenti bien des fois de t'avoir sauvé! dit
Nicolas avec rancune.
- Pourquoi donc l'avez-vous fait?