«Ça me semble drôle, reprit-il enfin, de planter là le père Bouchot; je suis sûr qu'il m'aime au fond.
—Tu peux patienter, toi, tandis que moi, je ne le puis plus.
—Ta belle-mère songe peut-être à te reconduire.
—Je ne la reverrai jamais; elle me fait peur, et je la hais.
—C'est égal, s'écria Bouchot, ce n'est pas que je canne, au moins; mais après une toutouille, par exemple, je me serais mis en route sans regarder en arrière. Aujourd'hui, cela me gêne. C'est mon père lui-même qui m'a envoyé pour te tenir compagnie, et ce n'est pas de cette façon que j'aurais voulu l'abandonner.
—Reste; si ton sort ne change pas, tu viendras me rejoindre.
—Non; je t'accompagne, décidément. En route; mais il faut aller déterrer le magot.
—Le voici, dit Gaston; ma résolution est prise d'hier au soir et mes précautions aussi.»
Changeant aussitôt de direction, les deux enfants se dirigèrent vers la place de la Concorde. Ils se parlaient peu; tous deux se sentaient émus devant la détermination si grave qu'ils venaient de prendre. La fermeté de Gaston surprenait Bouchot.
«C'est singulier, pensait-il, lui qui n'ose ni chanter dans la rue, ni grimper derrière un fiacre, il parle de se rendre à Houdan comme s'il s'agissait de boire un verre de coco.»