—Non pas, répondit la jeune marquise de La Taillade; Catherine, la célèbre Catherine, reprit-elle avec une nuance d'ironie, a été prise d'un mal de gorge avant-hier. M. de La Taillade s'est aussitôt mis en route, me laissant seule pour faire les honneurs de mon jeudi.

—Qui donc osera s'en plaindre? répondit Bouchot, qui s'inclina.

—Mais vous d'abord, puis moi. Ne trouvez-vous pas ce voyage ridicule?

—Certes, madame, répliqua Bouchot, ridicule comme toutes les choses du cœur, lorsqu'on les juge avec l'esprit.»

La marquise regarda l'artiste; il souriait avec candeur et ajouta:

«Demandez plutôt à M. de Champlâtreux.»

Le jeune homme pris à témoin par Bouchot s'appuyait sur le dossier du fauteuil de la jolie marquise; il se redressa, mit deux doigts de sa main droite dans la poche de son gilet, saisit son lorgnon et l'ajusta sur son œil gauche en se dandinant, comme pour chercher à distinguer celui qui venait de prononcer son nom.

«Ah! c'est monsieur Bouchot, dit-il en laissant retomber son pince-nez.

—Des Étrivières, continua l'artiste d'un ton dégagé. Je suis heureux de pouvoir vous donner des nouvelles de votre aïeul avec lequel j'ai dîné ce soir, cher monsieur; il va bien.»

M. de Champlâtreux pâlit imperceptiblement, mais ne répondit pas. Tous les élégants groupés autour de la marquise penchaient leurs têtes pommadées, et vingt lorgnons impertinents se braquèrent sur l'artiste. Bouchot, avec un sang-froid comique, fouilla dans sa poche, et, le nez au vent, se décora l'œil droit d'un monocle. L'orchestre préludait, la marquise se leva pour veiller à la formation des quadrilles, et la foule des courtisans se dispersa.