—Dois-je venir ou t'attendre?
—Attends-moi.»
Bouchot sentit frémir la main de son ami; il allait l'interroger lorsqu'un froissement d'étoffe lui fit tourner la tête: la marquise se tenait immobile à l'entrée du cabinet. L'artiste, un moment indécis, comprit, au silence gardé par les deux époux, qu'il était de trop; il salua la jeune femme et se trouva bientôt sous le vestibule.
«Avant de sortir, se dit-il, j'ai bien envie d'aller déranger la raie de M. de Champlâtreux, qui ne me paraît pas étranger à ce qui se passe; ça nous obligerait à nous embrocher demain, et je crois qu'il y a urgence, à la manière dont Gaston l'a nommé. Mais, non; je suis fou; de la coquetterie, tout au plus; la marquise n'est pas capable… Bah, pas de zèle! Il était fort, celui qui a dit ce mot-là.»
Rentré chez lui, Bouchot, selon la promesse qu'il s'était faite, bourra sa pipe, s'établit au coin de sa cheminée et oublia de se coucher.
«Décidément, murmura-t-il en s'étirant, tandis qu'une faible lueur annonçait le jour, M. de Champlâtreux me gêne; il faudra que j'en débarrasse Gaston.»
II
MADEMOISELLE RETROUVE SON HISTOIRE.
Quelques mois après son retour à Houdan, Gaston, en dépit des répugnances et des pleurs de Mademoiselle, avait été placé au collége, puis envoyé à Paris pour y faire son droit.
A Paris, il retrouva Bouchot, devenu, par des circonstances singulières, un des élèves de Couture. Les deux amis, que l'exiguïté de leurs ressources condamnait à la plus stricte économie, menèrent côte à côte la vie d'étudiant dans la bonne acception du mot. Leur mutuelle affection, déjà si solide, se resserra par mille services prêtés ou rendus, et, malgré l'opposition de leurs caractères, jamais frères ne furent plus unis, plus dévoués l'un à l'autre, plus confiants dans le résultat final de leurs efforts.