—Demandez-lui s'il peut me recevoir, je vous prie.»

Bouchot, dont les dessins n'étaient pas moins recherchés que les toiles, gagnait beaucoup d'argent. Depuis environ trois ans, il avait fait «ses adieux à dame Misère» et abandonné la rue Saint-Jacques pour la Chaussée-d'Antin. Il occupait un pavillon situé au milieu d'un jardin, et dont le second étage lui servait d'atelier. Son ménage était tenu par Mme Hubert, dont tous les enfants, grâce aux deux amis, possédaient de lucratifs emplois. Mme Hubert n'avait jamais revu son mari qu'on croyait mort à l'hôpital, et, longtemps aidée par Péruchon, devenu l'époux d'Adélaïde, elle vivait maintenant près du jeune artiste à titre de femme de charge et le soignait maternellement.

Elle reparut bientôt avec une réponse affirmative. Bouchot s'engagea dans le corridor et pénétra dans un vaste cabinet en chêne sculpté d'un aspect sévère. Près d'une table placée en face d'une large fenêtre se tenait un homme de haute taille, au front couronné de cheveux blancs. Il était enveloppé d'une robe de chambre et lisait. Il se leva, prit la main de l'artiste entre les deux siennes et la pressa avec effusion. C'était M. de Champlâtreux, l'ancien locataire de la rue Jean-Pain-Mollet, «le bon mouchard,» comme le nommait alors Bouchot.

«Eh bien, mon enfant, dit le vieillard d'un ton plein de tendresse, es-tu satisfait de ta soirée d'hier?

—Comme ci, comme ça, monsieur; mais, vous, comment vous sentez-vous?

—Aussi chaudement que possible, grâce au ciel et à toi.

—Au ciel tout seul, monsieur, répondit Bouchot qui reconduisit le vieillard vers son fauteuil. Je viens vous annoncer que votre petit-cousin déjeunera fort probablement avec nous.

—Monsieur de La Taillade?

—Gaston, si vous l'aimez mieux.

—Il nous néglige, dit M. de Champlâtreux, qui secoua sa tête blanche.