—Tiens, Mme Hubert a donc raison? pensa Bouchot.
—Je relisais tout à l'heure un passage de son livre, continua le vieillard; il y a du génie politique là-dedans.
—Il y a du cœur surtout,» répondit l'artiste.
M. de Champlâtreux reprit le volume déposé sur sa table et le feuilleta, sans doute pour chercher la page qui l'avait frappé. Bouchot, resté près de la fenêtre, regardait les nuages courir sur le ciel. Le jour, terne, sombre, brumeux, éclairait à peine le cabinet de ses lueurs blafardes, et le peintre, la tête appuyée sur la boiserie, observait deux pauvres moineaux qui, le corps gonflé, les plumes ébouriffées, les pattes rouges, n'ayant plus rien de cette vivacité espiègle qu'ont leurs pareils au printemps, fouillaient la neige comme pour mettre à découvert la terre qu'elle leur cachait. M. de Champlâtreux, surpris du silence et de l'immobilité de son jeune ami, se leva sans que Bouchot parut s'en apercevoir, et lui posa la main sur l'épaule.
«Qu'as-tu donc? lui demanda-t-il.
—Je rêvais debout, répondit l'artiste, qui secoua la tête.
—Et ton rêve était triste?
—Pas précisément, monsieur; ces deux pauvres moineaux que vous voyez là sautiller l'un près de l'autre et qui semblent s'étonner de voir la terre si blanche, me rappelaient ces jours déjà lointains où, mal vêtu, maudissant l'hiver et ses rigueurs, j'errais dans les rues de Paris en compagnie de Gaston.
—Depuis lors, la fortune, qui n'est pas toujours aveugle, vous a pris tous deux sur ses ailes.
—C'est vrai; mais cette neige me rappelait encore qu'un matin,—Gaston était parti et j'étais bien triste,—j'entrai familièrement chez vous. Tous vos beaux tableaux, que je venais admirer une fois de plus, avaient disparu, et sur la petite table que je vois là-bas, vous comptiez des piles d'argent.