Bouchot s'assit en face d'un bureau, écrivit fiévreusement plusieurs lettres et les renferma sous un pli à l'adresse de son ami, qu'il chargeait de ses dernières volontés. Il se coucha ensuite tout habillé, et s'endormit grâce à la fatigue. Il rêva qu'il entendait siffler autour de lui des balles lancées par des armes invisibles; puis il se vit en route à pied, en compagnie de Gaston, pour la petite maison de Houdan.
Il faisait jour lorsque l'artiste s'éveilla; il demanda aussitôt M. de Champlâtreux et apprit que le vieillard était sorti depuis une heure en compagnie de deux visiteurs matinaux. Bouchot se rendit dans son atelier, examina ses esquisses, ses ébauches, et contempla longtemps le tableau auquel il travaillait.
«Celui-là allait peut-être me donner la gloire,» dit-il avec tristesse.
Il prit ses pinceaux, les rejeta bientôt et murmura:
«Ça ne va pas.»
Il s'approcha d'une panoplie où s'étalaient des armes de tous les pays.
«Quand je pense, dit-il en saisissant un casse-tête, que si j'étais né dans l'Océanie, ce serait avec cet instrument que je tenterais d'assommer M. de Champlâtreux. Nous serions tatoués de la tête aux pieds; Mme de La Taillade nous regarderait de loin et se passerait un anneau dans le nez pour aller ce soir au bal. S'il avait de l'esprit, ce M. René, il demanderait la lutte au tomahawk. Quelle aubaine pour les journaux! Mais il est fort à l'épée, et, grâce au progrès, c'est l'arme qu'il choisira.»
La sonnette de la porte extérieure retentit.
«Enfin, s'écria le peintre qui respira avec force; je vais savoir à quoi m'en tenir; c'est énervant, l'incertitude.»
M. de Champlâtreux parut.