Bouchot reprit le chemin de la ville. Il salua au passage la paysanne et son compagnon qui, toujours méfiant, prit une attitude défensive, qu'il n'abandonna que lorsque l'artiste eut disparu, entre deux haies d'aubépine en fleur.

IX

AIMÉE.

Arrivé dans la Grande-Rue, Bouchot ralentit le pas; un doute affreux venait de lui traverser l'esprit. Il aimait la petite-fille du docteur, mais réussirait-il à s'en faire aimer? L'artiste eut un moment d'angoisse; toutes les chimères qui tourmentent le cerveau des amoureux l'assaillirent à la fois: il sentit la jalousie le mordre au cœur, vit un rival dans chacun de ceux qui approchaient d'Aimée, un rival qu'il faudrait combattre à outrance. Un moulinet énergiquement exécuté changea le cours des pensées de l'artiste.

«Consultons Gaston, se dit-il; il m'en voudrait avec justice si je lui cachais que j'ai une boîte à musique dans le cœur.»

Au moment d'agiter la sonnette de la porte d'entrée, Bouchot hésita.

«Allons, murmura-t-il, voilà que j'ai peur de me trouver en face de Mlle Aimée! Tout n'est pas rose, à ce qu'il paraît, dans le métier d'amoureux. Si je lui parle, elle a l'oreille si fine qu'elle est capable d'entendre ma musique; que lui répondre, si elle m'interroge? car les lois du monde m'obligent, jusqu'à nouvel ordre, à déguiser mes sentiments. Je voudrais bien savoir si ça chante aussi dans son cœur? Pourvu que ce soit le même air que dans le mien! Allons, du calme et surtout de la tenue.

—C'est vous, monsieur Bouchot, s'écria Catherine, vous n'avez donc pas rencontré M. Gaston?

—Gaston est donc sorti?

—Il y a plus d'une heure qu'il est parti avec l'intention de vous rejoindre.