A la vue de son fils étendu sur le carreau, la tête d'Alexis se mit en branle. Gaston se précipita vers lui.
«On m'a battu!» s'écria-t-il suffoqué.
Le soudard se rapprocha du lit et s'y assit; il semblait regarder sans voir; en revanche les yeux de sa femme étincelaient.
«Monsieur, ne me laissez plus battre, reconduisez-moi chez ma tante…
—Va donc… petit, bégaya M. de La Taillade, incapable en ce moment de rien comprendre; va donc jouer avec ton canon.»
Puis il se renversa comme une masse et ronfla presque aussitôt.
Gaston recula pas à pas, suivi par le regard narquois de sa belle-mère. Arrivé près de la porte qui s'ouvrait sur la pièce où il avait dormi la veille, il s'arrêta; Mme de La Taillade, du fond de son cabas, venait de sortir un morceau de pain et un cervelas. La faim de Gaston se réveilla impérieuse; il contempla ces provisions avec le regard ardent d'un jeune chat.
«Voyons, mon bijou, lui dit Blanchote, faisons la paix; tu dois avoir faim?
—Oui», murmura l'enfant.
La mégère lui tendit un morceau de pain et une rondelle de cervelas. La façon dont le pauvre petit se précipita sur cette pitance et l'avidité avec laquelle il la dévora eût donné envie de pleurer à toute autre qu'à Blanchote; mais elle avait eu trop souvent faim pour que ce spectacle l'attendrît.