Le père Faruc, qui frisait la soixantaine, devait être un ancien beau. Il emprisonnait son corps dans un de ces habits bleus sous lesquels nous revoyons tous notre aïeul, et ses jambes dans un pantalon à pont maintenu par les classiques bretelles en tapisserie. Des souliers découverts, à boucles d'argent, montraient un pied menu et des bas bleus chinés. Autour de son cou s'enroulait une cravate de foulard nouée avec une négligence étudiée. Cet ensemble était surmonté d'une tête ronde, à demi chauve, au regard clignotant, aux paupières rouges et sans cils, au nez proéminent. La bouche large, sensuelle, était encore bien garnie; mais le teint vineux, couperosé, dartreux du vieillard contrastait avec sa mise si nette.
«C'est l'homme le mieux chaussé du quartier, disait Bouchot, mais quelle tête! Avec des cornes, on en ferait celle d'un satyre.»
En réalité, le satyre existait sans les cornes. La vue d'une jeune femme suffisait pour incendier les prunelles fauves de l'homme d'affaires, dont les narines se dilataient alors outre mesure, et qui caressait avec complaisance son menton toujours frais rasé.
Les vices, pas plus que les qualités, ne passent longtemps inaperçus, aux yeux clairvoyants du peuple, et un sobriquet amical, flétrissant ou malicieux, vient presque toujours remplacer le nom propre de celui qui, à un titre quelconque, mérite qu'on s'occupe de lui. Les dettes que le père Faruc se chargeait le plus volontiers de recouvrer étaient celles contractées par de jeunes ouvrières, et Dieu sait de quels à-compte le vieux loup se contentait. Le sobriquet qu'on lui avait donné n'est pas de nature à pouvoir être rapporté; mais, dans un autre ordre d'idées, il valait celui de la Chipparde, par lequel on désignait généralement Blanchote.
Après avoir dégusté sa tasse de café, sans songer à convier son petit commissionnaire, le vieillard bourra son portefeuille de factures, brossa son chapeau à larges bords, et sortit pour commencer sa tournée ordinaire.
«Lorsque tu seras plus grand, disait-il à Gaston tout en fermant sa porte, je t'apprendrai mon métier.
—Vous lui mettrez donc un cœur de bois dans la poitrine, s'écria un jeune ouvrier chargé d'une salade, d'un morceau de jambon et d'une bouteille de vin.
—Toujours farceur, ce Péruchon!
—Pas assez, par malheur, pour faire rire tous ceux que vous faites pleurer.
—Tu t'occupes trop du prochain, mon garçon, ça te rendra malade.