— Nous voilà au sermon, s’écria le père Jérôme. Donne-nous plutôt la goutte, ça vaudra mieux.
Catherine mit sur la table l’angélique et les prunes à l’eau-de-vie et elle reprit :
— Le parti prêtre, les messieurs prêtres, vous en avez plein la bouche de vos « sacs à charbon », comme vous dites. N’empêche qu’ils ne font plus de mal à personne s’ils en ont jamais fait. Et toi, brigand de Jérôme, c’est bien un ignorantin qui t’a sauvé des Versaillais ?
— Dame ! et je n’en rougis pas ; mais tu peux dire que je l’ai toujours invité à venir nous voir ce brave frère Valier et que, quand il passe dire un petit bonjour, on cause comme des amis. C’est un brave homme et intelligent. Mais tous ne sont pas comme ça. J’attends encore en tous cas qu’il me fasse voir et toucher l’Immaculée Conception.
Catherine haussa les épaules tandis que les hommes riaient. Puis s’avisant tout à coup de la présence du petit :
— Déjà onze heures et tu es encore là, toi ! monte donc te coucher, tu ne pourras pas t’éveiller demain matin !
Bernard fit le tour de la table, souhaitant à chacun bonne nuit. Cependant que sa tante lui préparait un chandelier, il embrassa spontanément Lazare en balbutiant à son oreille :
— Vous m’apprendrez tout, tout ?
— Quelle soif de science ! dit le régent à Noë qui répondit par une moue sceptique.
L’enfant prit le bougeoir et ouvrit la porte.