Une jeune femme entra qui n’était point Claudie.

— Voici, dit Abraham, ma collaboratrice, Juliette Tercelin, licenciée en toutes sortes de choses et qui ne vit que pour la science.

La jeune femme parut à Bernard insignifiante et il se borna à la saluer.

Puis il demanda :

— A part cela, rien de nouveau ?

— Rien. Tu sais sans doute que François s’est marié avant son départ ?

Bernard eut un haut-le-corps.

— Tu dis ?

— Comment, il ne t’a pas écrit ? Eh bien ! voilà : la veille du jour fixé pour le départ, le père Régis s’est aperçu de graves sabotages dans le bateau ; il a télégraphié ici, on a dû surseoir au départ, le retard prévu étant de trois semaines pour les réparations. Voilà mon François qui vient aussitôt à Paris, se présente comme un fou à la villa Riquet, voit Angèle : « J’ai compris, lui dit-il, que vous avez eu peur de la durée de l’attente, mais à présent je puis vous épouser, rien ne s’y oppose, mon père est d’accord. Si vous le voulez, nous serons mariés dans vingt jours ». Angèle a accepté. Quatre jours après le mariage, le bateau filait. La voilà veuve pour trois ans.

Bernard suffoqué ne pouvait que répéter : « Ah ! par exemple ! ah ! par exemple ! » Une pointe aiguë lui fouillait le cœur ; Angèle était à un autre. Un autre l’avait possédée ! Il partit brusquement, dans un état de colère et de désespoir sans bornes ; il eut la fièvre toute la nuit et ne s’apaisa qu’au matin.