Dès qu’il s’éveilla il se leva et se rendit chez Blinkine qui l’attendait avec Mulot. Les deux associés lui firent un accueil chaleureux et le félicitèrent d’avoir si bien remis l’affaire sur pied et enlevé des marchés importants.
— Il va falloir qu’on vous donne quelque chose sur les bénéfices, dit Blinkine. Que diriez-vous de cinq pour cent ?
— Rien du tout. Nous avons compte à faire, répondit Bernard. Mettons-nous bien d’accord une fois pour toutes.
Et, fort tranquillement, devant les deux hommes d’abord furieux puis atterrés de leur impuissance, il expliqua comment il avait organisé l’affaire à son profit. « Vous voyez, dit-il, en achevant, que je suis gentil : je vous abandonne la moitié du bénéfice sans que vous ayez rien fait. J’espère que vous êtes contents ? »
— Cochon, hurla Mulot, bougre de cochon ! Il a fait ça à vingt ans ! Qu’est-ce qu’il saura faire à cinquante, le salaud !
Le banquier n’en revenait pas.
— C’est qu’il a tout prévu, fit-il à mi-voix comme à soi-même, on ne peut rien, rien. Nous voilà associés en fait, et, encore, à condition qu’il le veuille.
Il mit la main sur l’épaule de Bernard.
— Vous voilà en selle, dit-il d’une voix grave où tremblait la rancune. Si vous devez marcher avec nous il faut nous épouser tout à fait ou pas du tout.
— Moi je veux bien. Qu’est-ce que vous m’offrez ?