— Eh bien ! que ce contrat parte pour Paris accompagné d’une lettre confidentielle de Monsieur le Préfet qui demande au Ministre de désapprouver ce contrat en raison de l’indignité du contractant. Il sera d’autre part facile d’obtenir une renonciation pure et simple de Mulot et Blinkine qui ne seront pas sur un lit de roses tout à l’heure. Quant à moi, je vous laisse les trois cent mille francs de titres et je vous payerai les deux cent mille francs complémentaires sous six mois à condition d’être intégré aux lieu et place de ces Messieurs dans leur contrat et de ramener le prix de deux millions à cinq cent mille francs. Encore une fois cela ne vaut pas plus ; et d’ailleurs vous défendez bien mieux ainsi les droits de vos administrés, la cause de l’équité, et vous n’aurez aucun ennui, je vous en donne ma parole.
— Il est habile ce garçon, se disaient les deux hommes. Comment faire autrement sans y perdre notre situation ?
Ils tentèrent de l’amener à consentir un prix plus élevé que celui qu’il offrait. Et, contre quelques avantages dont ils ne mesuraient pas la portée mais qui compensaient largement sa concession, il accepta de leur payer six cent mille francs au lieu de cinq cent mille.
— Il peut se faire cependant, dit Monsieur Touffe, que ces messieurs ne soient eux-mêmes que des victimes.
— Sans doute, répondit Bernard, mais je les connais assez pour être sûr que, s’ils ont touché les 800.000 francs des mains du voleur, ces huit cent mille francs sont déjà engagés et qu’ils seront totalement incapables de les rembourser. En tous cas, ils ont à faire la preuve qu’ils ne sont pas les voleurs. Ne pensez-vous pas qu’il serait bon de les faire appeler tout de suite ? Ils n’ont certainement pas encore quitté Clermont-Ferrand.
— Je les ai aperçus, en effet, déclara Monsieur Touffe ; ils entraient à l’Hôtel de Jaude où ils doivent être descendus.
— Eh bien ! on va les y faire chercher, conclut le Préfet. C’est l’heure du dîner, on les y trouvera certainement.
Vingt minutes après, Mulot et Blinkine assez étonnés arrivaient à la Préfecture. Leur stupeur fut immense lorsqu’ils eurent été mis au courant. Ils se refusèrent d’abord à admettre les faits mais l’évidence les contraignit bien à en reconnaître l’exactitude.
— Oui, fit enfin Mulot, je me rends bien compte de la manière dont les choses se sont passées.
Il raconta la suite des négociations entreprises avec Sernola et conclut en disant :