— Pour moi, reprit Bernard, je ne veux pas la mort du pécheur. En ce qui concerne les trois cent mille francs versés par vous au département je suis prêt à me substituer à vous dans certaines conditions que nous avons arrêtées avec ces Messieurs ; si vous acceptez, ça va. Sinon, je porte plainte.
Monsieur Touffe expliqua que Bernard ne voulait payer que six cent mille francs ce que Mulot et Blinkine avaient accepté de payer deux millions.
— Il y aurait donc à vous faire payer la différence, dit le bonhomme, mais, nous non plus, nous ne voulons pas abuser de la situation. Le département acceptera de perdre un million et de laisser l’affaire au prix d’un million : six cents mille francs payés par Monsieur Rabevel, quatre cent mille francs par vous. Vous nous signerez une reconnaissance ou nous arrangerons cela d’autre manière ; on vous laissera cinq ans pour vous libérer.
— Mais c’est quatre cent mille francs donnés pour rien, cela ! gémit Blinkine accablé.
— Il n’est pas bête, ce Touffe, se dit Bernard.
Il fallait en passer par là. Les deux compères demandèrent d’abord à surseoir jusqu’à ce qu’ils eussent vu Sernola.
— D’accord, dirent leurs interlocuteurs.
— Ce n’est pas tout, fit remarquer Bernard. Il faut me rembourser tout de suite les cinq cents autres mille francs. Ceux-là vous les avez entre les mains de la Cie Bordes, n’est-ce pas ?
— Hélas ! non, ils ont été versés aux Chantiers de l’Atlantique comme somme à valoir.
— Quel gâchis, dit Bernard. Vous ne croyez pas qu’il eût été plus simple d’opérer régulièrement ? Enfin, il serait cruel d’insister. Qu’allons-nous vous dire à l’assemblée Bordes du 5 Mai prochain ?