Dès qu’ils furent entrés, il remarqua un prie-Dieu devant un Christ : « C’est fait, demanda-t-il, tu es baptisé ? » L’autre acquiesça de la tête. « Ta sincérité envers toi-même, ton courage t’honorent, dit Bernard gravement. Sans doute iras-tu plus loin ? »

— Oui, répondit Blinkine, je pense à faire comme Ratisbonne.

— C’est très bien, fit Bernard qui lui serra la main.

Il répéta encore :

— C’est très bien.

Puis il ajouta :

— Seulement, tu comprends, chacun ne voit pas la vie à ta manière. Ce qui te réjouit m’ulcère. Le Père Régard sort sûrement d’ici, l’attitude d’Angèle à mon égard le montre. On retourne le cœur et l’esprit de l’être que j’aime le mieux au monde, on me la prend. Cela, je ne peux pas le supporter. Aussi je préfère te le dire tout de suite : demain, je viens chercher ma maîtresse et je l’emmène chez moi.

— Tu ne feras pas cela ! cria Abraham douloureusement. Comment, avec l’éducation que tu as reçue et les sentiments qui restent au fond de toi certainement, tu aurais le courage d’enlever cette âme qui revient peu à peu à Dieu ?

— Ah ! je t’en prie, assez de prêche.

Mais Abraham ne se laissait pas ainsi imposer le silence. Avec une éloquence farouche qui frappa Bernard sans le convaincre, avec les accents d’une conviction illuminée, il lui dépeignit la laideur de ses actes, le suppliant de se racheter, de changer de conduite, de se souvenir qu’il était chrétien.