— Ah ! dit Ramon avec une joie parfaitement jouée, habla usted castillan ?

Ils entreprirent une conversation en espagnol où se croisaient les exclamations de surprise.

— Mais votre ami est extraordinaire ! s’écria Ramon. Il connaît le Tout-Caracas ; et quelle mémoire ! Et mon père, et ceux de mes amis, sont ses clients. Enfin nous voilà en pays de connaissance. Comme c’est curieux ! Si je n’avais pas fait mes études en France je vous aurais certainement vu dans mon pays ! Il est même étonnant que je ne vous y aie pas rencontré pendant mes vacances ! Mais nous bavardons, nous bavardons… Venons aux choses sérieuses. Voici où nous en sommes. Notre société est jeune ; elle n’a que de l’argent et pas de matériel ; elle est la filiale d’une grosse société d’engrais que les armateurs anglais tondent jusqu’au sang et qui veut se délivrer de leur tutelle ; elle a donc décidé de faire elle-même ses transports sur la ligne Caracas-Glasgow ; fret d’aller : les guanos, fret de retour : le charbon. Ces marchandises ne sont pas pressées ; donc, il faut aller au voyage économique c’est-à-dire au voilier. Êtes-vous vendeurs, comme on nous l’a dit ?

— Cela dépend du prix, fit Blinkine.

— Dites.

— S’agit-il des douze bateaux du type Triton ?

— Oui ; mais dix me suffisent.

— Neuf, chacun vaut quatre cent mille francs.

— J’en donne cent cinquante.

Le marchandage commença. Enfin on se mit d’accord pour la somme totale de deux millions.