— Envoyez-le aux nouvelles. Si ces gens-là donnent cette banque en référence, c’est que celle-ci fournira de bons renseignements pour une raison que nous ignorons. Ce qui vaut mieux c’est la connaissance du solde créditeur au compte courant.

Ils dépêchèrent le comptable ; ils envoyèrent un billet Chaussée d’Antin informant leurs acquéreurs éventuels qu’ils se rendraient à leur bureau le lendemain matin à 10 heures ; ils joignirent le sieur Tagnès qui accepta de les accompagner. Quand ils revinrent à leur bureau de la rue de Rivoli, le comptable était de retour : « La société en question, leur dit-il, a un dépôt de quinze cent mille francs. » Ils échangèrent un regard satisfait : tout s’annonçait bien.

Le lendemain ils se retrouvèrent dans l’antichambre de la Cie vénézuélienne. « Du luxe et du goût, ma foi, déclara Mulot ; et tout cela a très grand air. »

On les introduisit dans une vaste pièce ornée de gravures très belles, reproductions d’œuvres célèbres ; un tapis gris perle, des tentures bleu pâle ; le mobilier Empire ; la bibliothèque était entr’ouverte. Mulot distingua quelques titres : Les Œuvres de Michelet, le Siècle de Louis XIV de Voltaire, Le Discours sur l’Histoire Universelle de Bossuet… puis des titres espagnols qu’il ne déchiffra pas ; ce qu’il avait lu lui suffisait :

— Le type qui est là, dit-il à voix basse, n’est pas le premier venu, il a la bosse de l’histoire. » Il ajouta pour lui-même :

— C’est un confrère.

Et une bonne part de sa méfiance disparut.

Elle s’évanouit tout à fait quand le Señor Ramon Sernola entra. L’élégance, la distinction, la jeunesse du nouveau venu frappèrent les visiteurs.

— Excusez-moi de vous avoir fait attendre, dit-il, avec une pointe d’accent. A qui ai-je l’honneur de parler ?

Ils se nommèrent, présentèrent Monsieur Tagnès ; ils avaient craint, dirent-ils, d’avoir besoin d’un interprète.