Bernard aspirait l’air pur avec délices : On respire, ici, dit-il. A quelques mètres de lui il voyait une tour semblable à celle qu’occupait sa chambre.

— Alors, demanda-t-il, c’est au rez-de-chaussée de cette tour qu’est la chambre de Monsieur Mauléon ?

— Oui. C’est plus commode pour lui, n’est-ce pas ? Et puis, s’il est au rez-de-chaussée vers le bourg, il ne l’est pas de l’autre côté, pas vrai ? répondit la servante.

— Certes. Et, à cette fenêtre de l’autre tour, là, au même étage que moi, il y a une chambre aussi ?

— Au dessus du maître ? Dame, bien sûr, c’est celle de Madame Angèle.

Madame Angèle se mettait justement à la fenêtre, nue des épaules et du cou ; elle se retira aussitôt, revint couverte d’un peignoir.

— Que dites-vous de ce spectacle, Monsieur le Parisien ? lui demanda-t-elle.

— C’est prodigieux. Mais je ne me rends pas bien compte de ce qui se passe, ce paysage me paraît ensorcelé ; on se croirait suspendu dans le vide ; je ne vois pas de route ; pourtant nous avons contourné la colline, n’est-ce pas ? d’ailleurs je reconnais bien le moulin tout en bas et puis, là, cette ruine sur son piton.

Elle se mit à rire.

— Belle devinette, hein ? pour un citadin qui n’a jamais couru dans les montagnes ; à cet endroit, le rempart est bâti sur une roche qui surplombe et redescend ensuite verticalement sur une cinquantaine de mètres ; puis la pente douce commence ; c’est au flanc de cette pente que passe la route que nous avons prise et que nous ne pouvons pas voir puisque notre rocher la dépasse horizontalement, se trouvant en balcon de plusieurs mètres. Tenez, s’écria-t-elle, regardez.