— Cela pourrait très bien aller, conclut-il. Aucune de ces terres n’est à vous ?
— Non, mais elles touchent les miennes.
— Ah ! diable ! eh bien ! il faudrait s’arrondir, les acheter. Elles ne sont pas chères ?
— Sans doute. Mais enfin il y a un joli lot et ça irait chercher tout de suite une dizaine de mille francs. Et moi, je n’ai pas d’argent, du moins une telle somme.
— C’est un denier d’ailleurs. Mais vous comprenez bien qu’il serait vite retrouvé le jour où ces terres seraient irriguées, vous pourriez sans doute les vendre avec bénéfice.
— En se contentant de doubler, je crois qu’on les vendrait le lendemain par parcelles. Tous les gens d’ici s’y feraient un jardin. Mais c’est toujours la question : comment les irriguer ?
— Comprenez-moi. Nous essayons d’avoir option sur les terres d’abord, sur le moulin aussitôt après, à un prix fixe bien déterminé. Si nous réussissons, nous montons les turbines et les pompes. Sur vos terres un petit château d’eau ; voilà votre irrigation assurée. Entre temps vous obtiendrez facilement un contrat d’éclairage avec la commune, et le bénéfice du contrat vous payera l’installation des dynamos et de tout le matériel ainsi que la surveillance et l’entretien. Les terres seront irriguées pour rien. Vous pouvez revendre tout ou partie en vous réservant toujours, bien entendu, la fourniture de cette eau précieuse. C’est une petite combine qui sera longue et délicate à mettre au point mais qui serait sûrement très fructueuse.
— « Je crois bien, je crois bien ! » s’exclama Mauléon illuminé soudain. Irriguer ces terres, arrondir sa propriété, mots magiques qui le transportaient. Il se rembrunit : « Seulement… »
— Je vous comprends. Huit mille francs le moulin, dix mille les terrains, deux mille le château d’eau, quinze mille l’installation, total trente-cinq mille ; par le petit bout, par le petit bout. Combien pouvez-vous sortir de votre poche ?
— Heu ! rien pour le moment à vrai dire ; l’argent que j’ai, je dois d’abord l’employer à rembourser mon gendre…