— Mais, tenez, voilà une affaire, achetez cette terre à jardin qui ne doit pas valoir grand’chose et arrosez-la.

— Je croyais que le site vous empêchait de penser aux affaires, dit finement Mauléon.

— Le vent a tourné, vous voyez. D’ailleurs c’est une affaire pour vous et non pour moi, cela.

— Oui ; aller chercher l’eau au Viaur avec un arrosoir ou un tonneau à roues ; c’est pas mal imaginé. Ne vous moquez donc pas, Monsieur Rabevel.

— Est-ce que ce moulin tourne, là-bas ? demanda Bernard.

— Guère plus ; il y a trois moulins à peu de distance l’un de l’autre ; et du travail pour un. Alors…

— Alors, il ne doit pas valoir cher, hein ?

— Cela, je n’en sais rien ; en tous cas, le meunier est vieux, ses enfants établis ailleurs ; je pense que ça n’irait pas chercher plus d’une pièce de six cents pistoles, huit cents peut-être avec le barrage.

— On n’a donc jamais pensé à poser des turbines sur ce barrage ? Tenez, la voilà l’affaire, Monsieur Mauléon. Quelle quantité d’eau faudrait-il pour arroser les bonnes terres à jardin que vous m’avez fait voir ?

Mauléon réfléchit, avança des chiffres ; Bernard avait tiré son calepin, commençait des calculs. Il s’interrompit, le crayon en l’air : la rivière avait-elle de l’eau en été au moins ? — Oui, oui, l’eau passait toujours au-dessus du barrage, toute l’année. Bernard fit un soupir de soulagement. Qu’était le débit de la rivière ? Cela, Angèle le savait ; les deux chiffres, maximum et minimum étaient gravés en face des cotes maximum et minimum sur l’échelle officielle que le service des Ponts et Chaussées avait justement établie au moulin ; ils étaient dans sa mémoire depuis longtemps. Bernard traça encore quelques chiffres.