— C’est, ma foi, vrai. D’ailleurs ce que j’en ai dit c’était pour plaisanter.

— Je le sais bien, allez. Alors, dès l’arrivée de François, on vous espérera ?

— Attendez, dit Mauléon, ça ne va pas comme ça. J’aimerais autant, moi, que tout fût arrangé quand François arrivera ; je n’ai pas besoin d’avoir l’air d’un serin devant mon gendre. Quel est le jour prévu pour son arrivée ?

— Normalement le 5 Septembre, répondit Bernard après avoir consulté son tableau de mouvements des navires.

— Eh bien ! venez donc vers le 1er ?

— Je veux bien mais c’est mon ancien béguin qui n’a pas l’air enthousiaste ; vous étiez plus gentille il y a vingt ans ! Allons, est-ce que cette date vous convient ? ajouta-t-il, prenant comiquement un ton de gosse rechigné.

— Il faut bien », répondit-elle de même en lui tirant la langue, tandis que le père loin de se douter du drame que cachait cette comédie jouée pour lui, se félicitait du liant et de l’heureuse issue qu’avait amenée l’évocation des souvenirs d’enfance.

Reine arrivait : « C’est arrangé ? demanda-t-elle. Oui ? A la bonne heure ! » Ils se mirent à deviser dans cette sorte de détente que créait la conclusion heureuse de leur conseil ; à un moment la voix d’Olivier s’éleva timidement dans le petit bureau voisin où Reine avait conduit les enfants en leur recommandant d’être sages :

— Je vais vous la chanter, la chanson du rat blanc, disait-il, mais vous ne vous moquerez pas de moi ?

Abi Abirounère