[1] Ces couplets sont un jeu de mon ami Léon Paul Fargue. (Note de l’auteur.)

— Mais c’est délicieux, cela, dit Reine. Qui lui a appris ces petites merveilles ?

— Personne, répondit Angèle ; il en invente tous les jours de semblables ; il a fait la chanson de la fourmi, celle du faucon, du bœuf, du chien, que sais-je encore ! chacune sur un air qu’il compose aussi à sa façon.

On fit entrer Olivier ; il finit par accepter de chanter son répertoire, mais non sans quelque gêne. Reine battait des mains, enthousiaste.

— Il faut le mettre dans un lycée ici, où il soit bien conduit, c’est un prodige, ce petit. Il faut nous le confier, Bernard avait raison. Songez qu’il y va de son avenir. Vous ne pouvez pas laisser s’éteindre une flamme pareille !

— « En voilà bien d’une autre ! se disait Angèle un peu ahurie. Mais ce n’est pas de la poésie, cela, ni du génie ! » Elle soupçonnait vaguement Reine d’une complicité avec Bernard pour lui ravir le petit. Pourtant, non, ce n’était pas possible, cette jeune femme semblait trop candide. Alors un nouveau débat s’ouvrait en elle ; si Reine avait raison, si vraiment son devoir lui commandait de faire donner à l’enfant une éducation exceptionnelle ?

— Il sera marin comme tous les Régis, dit-elle mélancoliquement. Il ira finir ses jours quelque part dans les eaux du Pacifique…

— Comme La Pérouse, dis, maman ? demanda l’enfant avec exaltation.

— Comme La Pérouse…

— Ah ! que je voudrais !…