Le sieur Béral eut un haut-le-corps, regarda Bernard.

— Oui, reprit celui-ci, le juge d’instruction. Savez-vous ce qu’on appelle un escroc ?

— Monsieur, fit l’autre avec arrogance, je ne vous connais pas.

— Prenez garde d’avoir à me connaître trop bien. D’abord tâchez de prendre une autre attitude ; vous êtes ici en invité et non en seigneur et maître ; tenez-vous comme il faut. Si vous êtes décidé à ignorer les lois de la politesse, vous êtes libre ; filez ; je n’ai pas besoin de vous, je ferai mes constatations tout seul, ou plutôt avec cet huissier que vous évoquiez tout à l’heure. Allons, vous restez ou vous filez ?

— Mais enfin, dit Béral, on peut tout de même causer. Quoi ? Moi je suis brutal comme ça dans mes manières, mais c’est sans méchanceté, monsieur Mauléon le sait bien. Vous êtes trop vif ; s’il fallait toujours se fâcher on ne ferait jamais d’affaire.

— Enfin ! vous voilà redevenu raisonnable, conclut Bernard. Buvez votre café s’il vous plaît, et ne parlons de rien jusqu’à ce que nous arrivions au moulin où je pense que vous nous ferez l’honneur de nous accompagner.

— Mais je n’ai rien à y faire, monsieur.

— Si, dit Bernard avec fermeté et sur un ton singulier. Si, monsieur Béral, si.

Le petit cheval tarbais piaffait devant la porte. Mauléon monta dans la voiture, prit les guides. Monsieur Béral s’effaça devant un inconnu qui se préparait également à monter.

— J’oubliais de vous présenter, dit Bernard ; Monsieur Béral, négociant ; Me Samin, huissier. Voyez, cher Monsieur, que si vous avez besoin de son ministère vous n’aurez pas à courir.