— Il est piqué, pensa Rabevel.
La voiture remonta la côte. Bernard arrêtait avec Béral les clauses de l’arrangement. Ils étaient d’accord en arrivant à la Commanderie, bien que le fournisseur déclarât que ce qu’on lui demandait en retour constituait un véritable chantage.
— Pas de mauvais sang, déclara Rabevel avec bonne humeur, soyez tranquille. Le chantage a une définition légale. Le petit papier que nous allons arranger ne contiendra rien qui puisse de près ou de loin rappeler cette définition.
— Dites donc, observa Béral quand il eut signé, la mort dans l’âme, vous m’avez appelé Rocambole tout à l’heure. Qu’est-ce que vous êtes donc vous, alors ?
— Mandrin, mon cher, Mandrin. Vous êtes Rocambole chez Mandrin. Vous comprenez ?
— Crapule, fit Béral entre ses dents.
— Non, répondit sans se fâcher Bernard qui avait entendu, pas crapule : malin. Ce n’est pas la même chose. La crapule c’est vous qui pouvez aller en prison demain. Le malin c’est moi. Et le malin joyeux, car « c’est double plaisir de tromper un trompeur ». Maintenant, allons prendre un bock dans ce patelin béni des dieux. Et abandonnez cette longue figure. Une petite mention au chapitre des profits et pertes et voilà tout. Vous avez joué. Vous avez perdu. Vous allez payer. C’est régulier. Un galant homme n’insiste pas. Et maintenant tâchez de tenir vos engagements car je vous aurai à l’œil.
Il se retourna vers Mauléon, regarda Angèle qui venait d’entrer.
— Voilà, Monsieur Mauléon, voilà votre honneur sauvé, dit-il en lui tendant le papier. Votre station centrale sera refaite suivant les spécifications que m’a données mon ingénieur-conseil, la canalisation entièrement revue et complétée, les conditions de réception conformes à des prescriptions sévères.
— Vous pouvez le dire, interrompit Béral amer.