Un soir, Marc parut soucieux ; Olivier, d’ailleurs morose, respecta son silence qu’il attribuait à l’approche fatale du concours d’entrée à l’École Centrale. Mais, le lendemain, après le déjeuner, Marc lui déclara :
— J’ai quelque chose d’assez grave à t’apprendre, Olivier.
— Je t’écoute.
— J’ai surpris une conversation entre deux de nos camarades, Resseguier qui prépare Normale et Jobert qui prépare Saint-Cyr. Ce sont, tu le sais, non pas des gars transcendants mais d’honnêtes élèves qui peuvent être reçus dans la moyenne ou tangents. Depuis quelques jours ils étaient, à la suite d’une série malencontreuse de colles, dans cet état de découragement qui n’épargne pas les meilleurs. Hier matin, j’entends Resseguier qui est interne, demander à son camarade qui est externe, s’il y avait quelque chose d’intéressant dans le journal.
— Non, répondit Jobert. J’ai seulement vu un entrefilet annonçant l’arrivée de ce Vassal, dont nous a parlé souvent Olivier, à New-York d’où il partira pour donner des concerts dans les principales villes des États-Unis et de l’Amérique du Sud.
— En a-t-il de la veine, celui-là, au lieu de s’abrutir comme nous le faisons !
— Et hélas ! sans grand espoir de succès, je crois.
— C’est tant pis pour nous, reprit Resseguier avec violence, pourquoi rester ici au lieu de tenter la chance ? Crois-tu qu’un Olivier par exemple pourrait mener la vie qui nous est destinée ?
— C’est bien vrai. Mais il est mieux préparé que nous à l’aventure. Il sera marin ; il n’a pas de parents qui l’arrêtent : son père est marin ; rien qui le lie ; il ne se soucie ni d’argent, ni de situation. Tandis que nous…
— Et qu’en ferons-nous de cette situation, même si nous y parvenons, puisque nos goûts ne seront pas satisfaits ! Ah ! si je trouvais seulement un copain qui eût assez de cran pour tenter la chance !