— Mais votre bonheur ?
— Ce désir qui se développe en s’assouvissant…
Olivier attendait, comme hésitant, une réponse.
A la clarté dernière de ce jour, le visage d’Isabelle apparaissait grave et charmant. Ses yeux tranquilles qui l’avaient longuement regardé se moquaient un peu encore ; mais elle semblait rêveuse…
— C’est curieux, dit-elle doucement. J’ai tout feuilleté. Il n’est pas de philosophe ni de savant qui n’ait accueilli peu ou prou mon besoin de savoir et, pourtant, cette émotion dont vous me parlez, ce bonheur frissonnant je ne l’ai jamais rencontré. Je n’ai eu que des satisfactions modestes et mon cœur n’a changé son rythme à aucun moment.
Elle réfléchit un instant, puis :
— Et, réellement, je ne désire pas davantage.
La nuit tombait ; ils firent encore quelques pas, puis ils s’arrêtèrent de nouveau tant l’instant leur était délicieux.
— Cette eau courante et si mauve, demanda Isabelle qui ne pouvait détacher ses yeux du fleuve, n’éveille-t-elle pas en vous le désir du voyage ?
— Non, car elle est belle mais sa beauté me conservera à elle tant que je n’en serai pas las. Je n’ai le goût de l’aventure que pour jouir de la beauté.