— Il n’aimera jamais personne d’un véritable amour, répondit-elle, pensive. Je le crains bien, allez. Peut-être quelque bacchante et encore, est-ce sûr ? moi, il m’aime je crois, autant qu’il puisse aimer. Au fond, il n’aime que la sensation, l’émotion. Je serais bien étonnée qu’il changeât un jour.

— Tel qu’il est, l’aimez-vous ? Oui. Eh bien ! il faut le conquérir, il faut le garder. Nous voici à Pâques. Nous allons passer quelques jours à la campagne. Je vous invite en même temps qu’Olivier, voulez-vous ?

Elle accepta, tremblante d’espérance et de crainte : elle se promettait d’user de toute son intelligence, de ruse même puisque le cœur ne suffisait pas. Bernard la considérait toute méditative. Lui-même s’inquiétait de la place que le jeune homme prenait dans son cœur. « Serait-il mon démon de midi ? » se dit-il en se moquant de soi-même.

Quelques jours après, la ravissante Isabelle, portant un livre et une brassée de fleurs, surgissait au milieu du hall de la maison de campagne de Rabevel dans la gloire de ses cheveux flottants :

— Quel affreux vent ! me voici toute décoiffée. Vous riez, heureux hommes ! monsieur Marc, voulez-vous tenir ce livre, je vous prie, pendant que je répare le désordre de ma chevelure ?

— Puis-je en voir le titre ?

— Non, devinez-le.

— Dites-moi au moins le nom de l’auteur.

— Shakespeare.

— Bien. Avez-vous déjà lu ce livre ?